Docker épisode #1
Le clochard céleste et la tête hideuse...
Le Twin-Cam 103 gronde, brisant la brume matinale qui lèche le bitume de la D24. Sur ma bécane, le cuir usé collé à la peau, je fuis Paris. Cap sur la Haute Vallée de Chevreuse.
À l’entrée de la forêt de Rambouillet, l’odeur de mousse humide et d'essence m'enveloppe. C’est ça, la liberté. Pas de GPS, juste l’instinct. Le soleil perce à travers la canopée, dessinant des stroboscopes d’or sur mes chromes. Je ne suis plus un banquier en rupture de ban, je suis un clochard céleste, propulsé à la dynamite. J'ai plus l'âge de faire le malin. Alors j'ai acheté une moto qui le fait à ma place.
Les dix-sept tournants arrivent, secs et techniques. J'écrase le sélecteur, couche la bécane. Le repose-pied racle le goudron dans un crissement métallique jouissif. Une communion pure entre la machine et l'asphalte.
Halte obligatoire à L’Hermitage d'Auffargis. Je coupe le contact, le moteur cliquète dans le silence retrouvé. Autour d'un café noir pris au comptoir, les regards des autres motards valent tous les discours du monde. Rendez-vous au FESTIVAL A TOUTE HEURE.
Je reprends la route vers Saint-Arnoult-en-Yvelines alors que le crépuscule incendie le ciel. Derrière moi, la fumée des pots ; devant, l’infini d’une nuit qui ne demande qu’à être brûlée.
Dans mes écouteurs Awa LY. Seulement la route, les kilomètres, le ciel qui change de couleur et cette voix qui ne cherche rien, surtout pas à impressionner, une voix qui passe à travers vous et continue sa route.
Il y a des voix qui se contentent de chanter, et d'autres qui murmurent à l'âme. Celle d'Awa LY appartient à cette seconde catégorie. Veloutée, profonde et infiniment lumineuse, elle glisse sur les mélodies comme une caresse, éveillant des émotions qui invitent au voyage. Chaque note, chaque silence raconte une histoire.
J’arrive au Cratère à Saint-Arnoult-en-Yvelines. Je m’arrête vite fait à la boulangerie du centre, impossible de manquer leur sandwich, un Smoked Meat à la poitrine de bœuf fumée et marinée, tranchée finement, servie chaude sur du pain de seigle avec de la moutarde jaune. J’en prends deux.
Le Twin-Cam trouve sa place en face de l’entrée de la salle, un vrai fauteuil d’orchestre. Il profitera, lui aussi, du concert. C’est important de laisser son Twin-Cam en lieu sûr, non pas que je risque de me le faire voler mais je ne voudrais pas qu’on lui jette un sort. On dit que le Diable aurait laissé sa trace dans Saint-Arnoult.
La mairie raconte elle-même qu’au Moyen Âge, la forêt de Rambouillet était réputée hantée par le Diable, avec des lieux portant des noms associés au démon et aux sabbats de sorcières. Et l’église Saint-Nicolas n'échappe pas à ces croyances. La commune évoque des « traces encore présentes » dans l'église Saint-Nicolas, témoins des anciennes croyances et peurs liées aux forces maléfiques.
Ça mérite franchement que je regarde ce qu'il y a exactement dans l'église : sculptures, pierres, inscriptions, représentations du diable, signes apotropaïques. Tout y est et je resserre machinalement mon blouson, tout en jetant un coup d’œil sur l’écusson cousu sur ma poitrine ; merde alors je suis quand même membre des Dockers des anges.
Lors de la restauration de l'église en 1971, une tête sculptée en pierre a été retrouvée dans le sol, au niveau de la croisée du transept. Elle proviendrait de l'église primitive. La commune l'a identifiée comme une représentation de Satan. Surnommée la « Tête Hideuse », elle est aujourd'hui scellée sur le mur du bas-côté sud. On la compare notamment à une sculpture similaire de la cathédrale de Chartres. Mais le détail qui donne des frissons : à l’origine, elle était enterrée dans l'église.
Bon, je sors de l’église, j’ai besoin d’aller faire un tour à la « fontaine aux pouvoirs ». Il faut que je jette un morceau de pain ou un mouchoir dans l’eau. S’il flotte, je me marie dans l’année, s’il coule, il faudra attendre. Je ne vais quand même pas jeter mon bandana dans la fontaine. Et j’ai mangé tout mon sandwich. Je ne suis pas près de faire ma balade en duo. Bon tout ça c’était au moyen-âge, on voyageait à cheval. Moi je roule en Twin-Cam. Rien à craindre, et puis le concert va être excellent.
Awa LY est une tisseuse de routes. Elle n’est pas assise à l’arrière d’un chopper, elle est le vent qui pousse le motard à continuer sa course.
Quand elle entonne ses mélodies teintées de soul et de racines africaines, elle offre au biker moderne ce que Jack Kerouac cherchait désespérément à l'arrière des pick-ups américains : un instant de pure connexion avec le monde. Le cuir noir s’adoucit sous la folk universelle ; la solitude de l’asphalte se transforme en un voyage spirituel partagé.
Ce vendredi soir à Saint-Arnoult, ma bécane est béquillée sur le parking du Cratère, je ne viens pas seulement chercher un concert. Je viens chercher la suite logique de mon road trip : un autre territoire à explorer, sans carte, guidé par la seule magie d'une voix nomade.
La Playlist idéale pour rouler en Vallée de Chevreuse avec Awa LY
Si vous devez glisser ses morceaux dans vos écouteurs sous le casque avant le concert au Cratère de Saint-Arnoult :
• Pour les lignes droites forestières : Ahead – pour son énergie folk-pop qui pousse vers l'avant.
• Pour enrouler les 17 Tournants : Are You Ready? – un titre envoûtant aux vibrations bluesy, parfait pour caler ses trajectoires.
• Pour la halte au comptoir : Mesmerising – de la pure soul/musique du monde qui invite à poser le casque et à regarder les chromes refroidir.
